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Lièvre et la Tortue (Le)

(Recueil 1, Livre 6, Fable 10)

 

 

 

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point.

Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.

«Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point

Sitôt que moi ce but. Sitôt ? Êtes-vous sage ?

 Repartit l'animal léger :

 Ma commère, il vous faut purger

 Avec quatre grains d'ellébore.

Sage ou non, je parie encore."

 Ainsi fut fait; et de tous deux

 On mit près du but les enjeux :

Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire,

 Ni de quel juge l'on convint.

Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire,

J'entends de ceux qu'il fait lorsque prêt d'être atteint

Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux calendes,

 Et leur fait arpenter les landes.

Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,

 Pour dormir et pour écouter

 D'où vient le vent, il laisse la tortue

Aller son train de sénateur.

Elle part, elle s'évertue ;

Elle se hâte avec lenteur.

Lui cependant méprise une telle victoire,

Tient la gageure à peu de gloire,

Croit qu'il y va de son honneur

De partir tard. Il broute, il se repose,

Il s'amuse à toute autre chose

Qu'à la gageure. A la fin quand il vit

Que l'autre touchait presque au bout de la carrière,

Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit

Furent vains : la tortue arriva la première.

"Eh bien ! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?

De quoi vous sert votre vitesse ?

Moi, l’emporter ! et que serait-ce

Si vous portiez une maison ?"

 Jean de La Fontaine

Livre 6, fable 10

 

 

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